Une loi contre le gaspillage alimentaire encore balbutiante

Une loi contre le gaspillage alimentaire encore balbutiante
Une loi contre le gaspillage alimentaire encore balbutiante

En ville, les poubelles sont pleines. Pourtant,  le 3 février dernier, le Sénat a adopté une loi pour tenter de réduire le gaspillage alimentaire  dans les bennes des grandes et moyennes surfaces. Elles ont désormais l’interdiction de javelliser et l’obligation de donner à des associations.

Doctorante à SciencesPo Paris, Marie Mourad prépare une thèse sur  la prise en charge collective et institutionnelle du gaspillage alimentaire en France et aux Etats-Unis. Si elle reconnaît que la France est désormais l’un des seul pays au monde à posséder ce genre de législation, elle pointe un certain nombre de lacunes. « La symbolique est forte…. Mais l’application ? La loi reste plus incitative que contraignante. » L’amende prévue en cas de javellisation de denrées encore consommables était initialement de 75 000 €, avant d’être descendue – et votée par les parlementaires- à 3 750 €. « En Belgique, il existe aussi une interdiction de jeter. mais sans incitation fiscale, contrairement à la France« , complète la chercheuse.

Mais ce qui fait surtout défaut au dispositif français,  c’est une politique publique efficace pour soutenir la législation. « Il n’y a aucun moyen, aucun structure dédiée. Au début c’était une thématique environnementale, qui a été transférée au ministère de l’Agriculture. Làbas, l’équipe qui s’en occupe est très réduite« , déroule Marie Mourad.

« En France, la production nationale de denrées alimentaires équivaut à  3 500Kcal/jour par personne, quand la consommation est de 1 800 à 2 500 Kcal/jour par personne. »

« La définition exacte des contrôles n’ayant pas été clairement établie, l’articulation entre les différents services de l’Etat reste à préciser. Cependant, le sens de la loi est d’abord incitatif avant d’être  répressif« , répond le ministère. L’incitation, en l’espèce, c’est un appel à projet pour décliner localement la lutte contre le gaspillage alimentaire. Il a reçu une seule réponse favorable dans la région, celle de la Fédération des industries agro-alimentaires Paca – FRIAA. Via une plateforme Internet en cours de construction, Fondalim, elle se propose de répartir et donner tout ce que les industriels et les coopératives agricoles ne peuvent pas vendre.

Aux associations de faire leur marché. le dispositif existe déjà depuis six ans en FONDALIM Bourgogne, il est désormais facilité par une autre disposition de la loi votée le 3 février : les produits destinés à être commercialisés sous une marque de distributeur peuvent aussi être donnés. « On n’est  pas sur des actions qui vont changer le paradigme de production, reprend marie Mourad. Aujourd’hui le consommateur est le plus gros gaspilleur. Mais un certain nombre de comportements sont générés par les pratiques de la grande distribution« .

De la représentation stéréotypée des aliments aux dates des péremption, en passant par d’alléchantes promotion en lots. Un système. En France, la production nationale de denrées alimentaires équivaut à  3 500Kcal/jour par personne, quand la consommation est de 1 800 à 2 500 Kcal/jour par personne.

Nice Matin, le 17 avril 2016.